Salon international des Arts, Bruxelles
Du 27/11/2007 au 08/12/2007
L'artiste plasticien Younès Khourassani, lauréat de l‚Ecole Supérieure des Beaux-Arts de Casablanca, est invité à présenter la peinture contemporaine marocaine au Salon international des Arts à Bruxelles qui aura lieu du 27 novembre au 8 décembre 2007. Dans ses ˛uvres connotatives, ce jeune artiste talentueux intègre des matériaux plus saillants, tels que des pièces de jute, des chutes de cartons, des fibres de bois et des cordes. Sa passion pour ces matériaux non académiques nous fait penser "Art minimaliste" qui a donné les lettres de résistance et de solidité à la matière dans son alchimie et sa rhétorique.
C est à travers la technique mélangée détrempée aux pigments naturels que Khourassani a bien conçu son univers pictural avec doigté et dextérité. Les tons argileux articulent la dimension tellurique de la toile qui se présente comme un disert labyrinthique où l‚être est en pleine contemplation et recueillement.
Au sein de ses compositions, l'artiste accorde un grand intérêt aux couleurs ternes et met en relief les gribouillages, les clairs-obscurs, les vides et les pleins, en meublant le désordre via des ordres formels et chromatiques bien pensés et savamment structurés.
Les passionnés de l‚art matiériste qualifient ses ˛uvres synthétiques de "champ visuel polysémique où les connotations plastiques se multiplient à l‚infini".
Les éléments non picturaux et graphiques animent la surface du tableau et fait vibrer sa spatialité et sa matérialité. Toute cette syntaxe pictographique est maniée exclusivement par la main sans médiation et intervention de pinceau. Il s'agit d'un monde iconographique personnalisé qui repose sur le primat des matériaux rudimentaires recyclés voire détournés avec spontanéité, sensibilité et générosité.
L‚artiste se sert de la technique du collage, de l‚effacement, de l‚ancrage et de l'empâtement pour exprimer la profondeur, les formes, l'ombre, la lumière, le vide, le plein, la transparence et l‚opacité.
Après avoir préparé le fond à l‚aide de "sables bruts", l'artiste mélange la colle blanche et les colorants naturels, associés à de la poussière, de la chaux, du pastel et de la terre afin de donner à voir un médium hybride riche et varié en termes de plasticité et de musicalité visuelle.
L‚essence de l'être
Le carré, les formes rectangulaires, les taches et les graffitis qui s'apparentent à des espaces ouverts, sont autant d‚éléments plastiques récurrents. Par les matériaux utilisés ainsi que les formes qu'il crée, Khourassani nous fait découvrir un nouveau monde et un nouveau vocabulaire visuel. Ici, on ne "voit" pas. On perçoit pour happer notre état d‚être.
Les matériaux naturels sont ici assemblés et maintenus en équilibre. Le contraste entre le clair et l'obscur, signe de vitalité, souligne l‚effet de l‚altération du temps et la fragilité du monde vivant. En effet, il faudra méditer fréquemment l'élément terne pour maintenir l‚équilibre précaire de notre existence effective. Pourtant, en dépit de son caractère éphémère, la terre préserve l‚unité de positions grâce à son potentiel énergétique. La cohérence du tout dépend de l'espace qu'il occupe. L‚˛uvre prend également une dimension originale dont l'axe de référence est notre espace vécu et habité, symbole d'appartenance et d'intégration, qui permet à l'artiste de signifier des notions comme la durée ou la masse, qu‚il met en scène pour figurer la loi physique de la profondeur et par extension toutes les lois primordiales de la nature. C'est l‚axe tellurique qui renvoie à l‚éternité.
Sur sa démarche artistique, Khourassani nous a précisé: "Je refuse de se prêter au jeu de l‚assignation d‚une identité artificielle, c‚est-à-dire de se laisser enfermer dans une définition préétablie. Etre un artiste créateur, c‚est donner libre cours à la nature dans son état pure loin des contraintes de la société de consommation, selon une stratégie pensée sur les êtres et les choses qui se transforment d'une manière perpétuelle. Dans ce sens, rien ne se perd et meurt , tout se transforme . Ce retour aux sources et cette position esthétique se manifestent par une démarche artistique qui privilégie elle aussi le processus, autrement dit le geste créateur lyrique au détriment de l‚objet fini. C‚est une expérience qui se veut foncièrement nomade et qui emprunte le prédicat "naturel" à une pratique qui associe l'esprit et la matière.
Sans intégrer la peinture conventionnelle et les matières sophistiquées, j'ai fait référence à l'essence de l'être pour critiquer le passé et contempler le présent. Je repositionne les matières pour tenter de leur redonner leurs qualités originelles : tension, énergie, éternité, basées sur leurs transformations possibles.
Je participe pleinement à la réflexion sur la dialectique entre la nature et la culture. C'est l'aisé inaccessible de l‚art en tant notion composite qui pose une interdiction de moyens quant à la réalisation des ˛uvres, mais qui requiert une richesse théorique afin de se guider face à la suprématie du marché de l‚art commercial".
L'artiste remplace la peinture par la matière, ce qui le rapproche, du point de vue des moyens, de l'art conceptuel. Toutefois, son propos est différent puisqu‚il ne s‚interroge pas sur le rapport de la trace à son référent. Il entend plutôt manifester une tension entre le naturel et le réel à partir d'un espace abondant où il faut "aller" jusqu‚au point situé à "l‚infini.‰
Les traces existentielles constituent la source inépuisable d'inspiration pour ce poète de la matière. Il s'est rendu compte que seules les traces vivantes font rêver contre l'oubli et l'usure du temps. On retrouve ainsi chez cet artiste chercheur cette atmosphère cosmique qu'il évoque à l'aide de la texture en camaïeu et à la détrempe, ce qui donne en quelque sorte l'idée d'une certaine profondeur à ses peintures-réminiscences.
Les valeurs chromatiques se côtoient et s'assemblent malgré la dominance de noir, de blanc et d'ocre teinté de couleurs ponctuelles sombres ou claires.
Les motifs sont dotés d'un caractère provocateur proche d'un naturalisme récupéré, rappelant parfois les traces des matiéristes qui créent des dynamiques fortes dans les compositions créatives. Reste à informer que Khourassani exposera ses récents travaux à l'Ecole supérieure des ingénieurs de Casablanca du 21 novembre au 5 décembre 2007. Il est également sollicité par la Galerie des Arts Modernes de Canada durant le mois d'avril 2008 ainsi que par la Galerie "Noir sur Blanc" de Marrakech.
Lieu : http://www.bled.ma/Younes-Khourassani--a-l-honneur-a-Bruxelles--actu-a962.html